Le Rwanda ne doit pas réduire son déficit sur le dos des pauvres, avertit l'expert de l'ONU sur la pauvreté
07.08.2025 - 18:00:29 | prnewswire.co.ukGENÈVE, 30 May 2025 / PRN Africa / -- Le Rapporteur spécial des Nations Unies sur les droits de l’homme et l’extrême pauvreté, Olivier De Schutter, a salué aujourd’hui les progrès remarquables accomplis par le Rwanda dans la réduction de la pauvreté. Il a cependant averti que ces acquis pourraient être sérieusement compromis si les projets d’assainissement budgétaires devaient entraîner une baisse des dépenses sociales, affectant en priorité les populations rurales pauvres.
« En sept ans seulement, entre 2017 et 2024, le Rwanda a permis à environ 1,5 million de personnes de sortir de la pauvreté – c’est une avancée majeure », a déclaré M. De Schutter à l’issue de sa visite officielle dans le pays.
« Le défi est désormais d’atteindre les quelque 3,6 millions de personnes qui vivent encore sous le seuil de pauvreté, alors que les ressources publiques sont sous pression et que l’aide internationale devient plus incertaine. »
Les dernières données disponibles montrent que la pauvreté reste largement concentrée en milieu rural, où elle touche près d’un tiers de la population – soit presque deux fois plus qu’en zone urbaine. Les disparités régionales sont particulièrement marquées dans les provinces de l’Ouest et du Sud, que le Rapporteur spécial a visitées. En outre, les inégalités économiques restent importantes : les 1 % les plus riches captent environ 20 % du revenu national, soit près du double de la part détenue par la moitié la plus pauvre.
Ce contexte social préoccupant coïncide avec un resserrement budgétaire important. En janvier 2025, la dette publique du Rwanda atteignait 78,7 % du PIB. En réponse, le gouvernement s’est engagé à réduire le déficit budgétaire – de 6,9 % à 3,3 % du PIB en deux ans – amorçant une politique d’ajustement budgétaire qualifiée de « thérapie de choc » par M. De Schutter.
« La persistance de la pauvreté rurale, notamment parmi les petits agriculteurs, doit orienter les choix budgétaires à venir », a-t-il affirmé.
« Le doit éviter les erreurs de certains pays qui ont cherché à atteindre leurs objectifs budgétaires sur le dos des plus pauvres, avec des coupes budgétaires inefficaces à long terme et socialement injustes », a-t-il mis en garde.
Le Rapporteur spécial a notamment relevé des évolutions préoccupantes : la part de la santé dans le budget national est passée de 10 % à 7 % depuis 2020/21; les crédits alloués à la protection sociale ont chuté de 22 % dans le budget 2024/25, et une nouvelle réduction de 30 % est envisagée pour l’année suivante.
Le financement des services sociaux essentiels comme la santé et la protection sociale repose en grande partie sur l’aide extérieure, dont la volatilité constitue une source d’instabilité. Face à cette situation, M. De Schutter plaide pour « une stratégie de financement pérenne, fondée sur une mobilisation accrue des ressources fiscales nationales, notamment par un élargissement de l’assiette fiscale et une fiscalité plus progressive ».
Il a également souligné plusieurs politiques publiques positives que le gouvernement devrait consolider : le programme national d’alimentation scolaire ; le registre social Imibereho, destiné à mieux identifier les ménages pauvres ; les mutuelles de santé ; et le programme d’épargne à long terme Ejo Heza, qui favorise la sécurité financière des travailleurs formels comme informels.
En revanche, M. De Schutter a exprimé sa préoccupation quant à l’absence de filets de sécurité essentiels, tels que les allocations de chômage, les allocations familiales ou de maternité. Le programme de transferts monétaires Ingoboka reste limité. Par ailleurs, en l’absence de salaire minimum généralisé et avec un faible taux de syndicalisation, un quart des travailleurs vit en situation de pauvreté.
L’expert a exhorté le gouvernement à renforcer les mécanismes de participation citoyenne pour une gouvernance plus inclusive, soulignant qu’ignorer ou réprimer les critiques conduit à des politiques inefficaces et contre-productives.
« La réduction durable de la pauvreté passe nécessairement par la garantie des droits humains. Les gouvernements capables d’écouter et d’intégrer les préoccupations de leurs citoyens sont les mieux placés pour répondre aux défis du développement. Une participation authentique, permettant de faire émerger des solutions issues du terrain, est une condition essentielle à toute politique publique efficace », a conclu M. De Schutter.
Le rapport final du Rapporteur spécial sur sa mission au Rwanda sera présenté devant le Conseil des Droits de l’Homme des Nations Unies en juin 2026.
Retrouvez la déclaration de fin de mission en français, anglais et Kinyarwanda.
SOURCE Haut Commissariat des Nations Unies aux droits de l'homme
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