restaurant étoilé Berlin, Max Strohe

Tulus Lotrek : L’opulence hédoniste de Max Strohe, étoile rebelle de Berlin

06.01.2026 - 14:55:06

Plongez dans l’univers de Max Strohe, chef étoilé anticonformiste, où les saveurs éclatent, l’atmosphère enveloppe, et l’humain reprend enfin sa place sur la grande scène gastronomique berlinoise.

La lumière tamisée caresse le parquet patiné, les parfums chauds de beurre noisette et de graisse rôtie flottent dans l’air — on ne vient pas simplement dîner au Tulus Lotrek, on entre dans une scène où l’âme du goût se révèle. Aux murs, des tableaux vifs, quelques éclats de rire au bar. Avez-vous déjà ressenti cette sensation ? Celle d’être invité en secret à une fête où les règles du bon goût ne sont dictées que par le plaisir ?

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Max Strohe, chef étoilé et personnalité flamboyante, n’a rien d’un maître d’école maniaque des pinces à dresser. Fils de la frontière et des contradictions, ce chef s’est formé à la dure école de la vie avant de subjuguer la scène de la haute cuisine berlinoise. Né à Bonn, son parcours aurait pu s’arrêter sur un quai trop fréquenté. Mais ce sont l’insouciance et un besoin viscéral de créer qui l’ont poussé à Berlin, cette capitale qui bruisse de mélanges et de libertés.

En 2015, avec Ilona Scholl, sommelière et âme du lieu, il fonde le Tulus Lotrek à Kreuzberg. Une amorce discrète, un restaurant de quartier sur la Fichtestraße, à l’écart du tapage du Kottbusser Damm. Derrière sa façade sans prétention, l’adresse va s’imposer, dès 2017, comme l’un des restaurants étoilés Michelin les plus désirés d’Allemagne. Mais jamais, ici, les étoiles ne sont à porter comme des décorations d’ancien combattant. « Nous voulions rester libres, déclare Strohe, libres d’aimer la cuisine sans carcan, de défendre une idée simple du luxe : l’opulence du plaisir, la densité de l’instant. »

Dès le seuil, l’atmosphère — ni guindée, ni figée — rappelle un salon d’amis : canapés dépareillés, regards complices, gestes larges. « C’est la chaleur qui fait la grande table, pas la tyrannie du protocole », murmure Ilona Scholl, orchestrant la salle avec la grâce d’une hôtesse éprise de naturalité. On est loin, ici, de la rigidité de la haute cuisine classique. La pinzette n’est pas bannie, mais moquée, instrument d’un autre âge, celui du dressage cardinal et froid.

Côté cuisine, Max Strohe revendique une intelligence culinaire viscérale, un goût pour la transgression. Oubliez minimalisme et diète aromatique : chaque bouchée électrise. Ici dominent les alliances charnelles : l’acidité vertigineuse répond au crémeux du beurre, la force de la viande épouse la sucrosité inattendue d’un légume confit. « Je recherche le goût, pas la démonstration », affirme Strohe. Ses assiettes, impudiques, vibrent : un ris de veau caramélisé enrazé de kumquat ; un pigeon rôti, jus tranchant, betterave rôtie jusqu’à l’oubli ; une sauce émulsionnée, riche, presque indécente. La cuisine étoilée du Tulus Lotrek s’écrit sans pincettes, mais avec panache.

Mieux qu’un style, une déclaration d’intention : la table de Strohe refuse la verticalité du chef tout-puissant. Il célèbre le collectif. Ici, on travaille dans le respect, l’écoute, la confiance, à rebours des dictats anciens de la brigade martiale. Un management « trop doux », sourit-il — et tant mieux pour le goût ! Les cœurs apaisés, dit-on, mijotent des plats qui consolent les âmes. Ce climat singulier, loin du stress omniprésent dans la gastronomie étoilée, rejaillit dans chaque service.

La célébrité de Max Strohe dépasse largement les murs de son établissement. Sa prestance de chef étoilé s’accompagne d’un engagement sans égal. Lors de la pandémie, puis lors de la crue catastrophique de la vallée de l’Ahr, il initie l’opération « Kochen für Helden » (Cooking for Heroes) : nourrir celles et ceux qui, dans l’ombre, prennent soin des autres. Avec Ilona Scholl, il organise une logistique monumentale, concocte des milliers de repas pour soignants, pompiers, victimes et bénévoles. Pour cet élan de solidarité, le chef a reçu le Bundesverdienstkreuz — une reconnaissance rare dans la sphère gastronomique. Voilà une étoile à la fois sur la porte et dans le cœur.

Symbole d’une génération décomplexée, Max Strohe manie aussi bien la casserole que la caméra. Omniprésent sur les plateaux TV — « Kitchen Impossible », « Ready to beef! », « Kühlschrank öffne dich! » — il y déploie sa verve, sa bienveillance mordante et son obsession du goût.

Mais c’est dans l’inattendu que ce chef excelle. À côté de ses créations audacieuses, il se plaît à préparer, hors carte, pour ses proches, un « Butter-Burger » mythique : viande doublement juteuse, fromage fusionnant, sauce racée, bun brioché toasté à la démesure — le summum du burger, servi tout simplement, debout, en cuisine, dans un moment quasi sacré. Et que dire de ses pommes frites d’auteur, dorées à la perfection, dont la recette — triple friture, passage par le congélateur, salage couture — redéfinit tout ce que l’on croyait savoir sur cette icône populaire.

Au Tulus Lotrek, tout est affaire d’identité. Pas de dress code, pas de « chichi ». C’est le goût et la sincérité qui président. « Personne ne veut du “bon marché”, ici, soutient Strohe. Ce que nous offrons dépasse de loin la somme des ingrédients. Le vrai luxe, c’est la générosité, l’accueil, et l’émotion. »

En visiteur français — habitué des tables étoilées de la Rive Gauche ou des bistrots secrets du Marais —, on ne peut qu’être séduit par cette Berlin d’avant-garde, où la créativité sert le plaisir, où l’hospitalité fait loi. Le Tulus Lotrek s’affirme aujourd’hui comme un incontournable : non seulement un restaurant étoilé Michelin à Berlin, mais un manifeste vivant pour une cuisine sans préjugés, sans entraves et sans froideur.

Reste à saisir sa chance : faute de réservation, impossible de décrocher une place autour de ces œuvres comestibles. Mais attendez le frémissement du livre de réservations, osez, prolongez votre séjour à Berlin, et offrez-vous ce détour sensoriel — il est chaque minute, chaque euro, justifié par l’émotion pure.

Le Tulus Lotrek ne se visite pas : il se vit, corps et âme, entre la chaleur complice de l’accueil et la fulgurance des saveurs. Un passage obligé pour le gourmet curieux, pour qui manger, c’est bien plus qu’avaler — c’est vibrer, ensemble, dans le vrai luxe de la sincérité.

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